Animal Triste - Jericho
Jéricho comme la braise
Je ne vais pas vous la refaire "c'est qui ceux-là ?" Je ne vais pas rappeler qu'ils sont basés à Rouen, ni leur (partielle) appartenance à la Maison Tellier, à Darko ou à feu Radiosofa, non. Je vais parler directement de ce nouvel album.
Et si d'entrée on allait se noyer dans les bas-fonds ("Ave Satan") ? On est dans le rock hein, alors on va jouer avec ses codes. On va vendre son âme au diable comme Robert Johnson. On va se lancer dans des incantations et des messes noires. On va laisser la fièvre s'emparer de nous. On va se brûler à des feux insoupçonnés. On va tutoyer la poésie de groupes légendaires un peu trop chargés. On va s'adjoindre les services de pointures du rock américain actuel : Peter Hayes de Black Rebel Motorcycle Club, et Alain Johannes qui a fricoté avec Queens of the Stone Age, Dave Grohl, Chris Cornell et consorts.
L'album s'appelle Jericho, mais vous n'y entendrez aucune trompette. Revisitons le récit biblique : si Jéricho devait s'effondrer aujourd'hui, gageons que ce ne serait pas tant sous le coup de trompettes, que sous les stridences des guitares électriques saturées du sextuor. Les 3 guitaristes ne se marchent pourtant pas sur les pieds : le rôle de chacun est désormais parfaitement défini.
Pour la 1re fois depuis les débuts de ce groupe, je dois admettre que deux-trois morceaux ne me plaisent pas. C'est probablement dû à la prise de risque de nos bestiaux et à leur volonté d'emmener les compositions sur de nouveaux terrains ("The real Kanye West"). Comment leur en vouloir ?
Alors je ne saurais dire si ce 3e album est meilleur que le 1er ou le 2e, mais une chose est sûre : leur rock s'est durci ("Montevideo"), devenant encore plus puissant, si toutefois c'était possible. Affolant.
Au chant, Yannick se montre de plus en plus à l'aise dans ce groupe-là, variant sa voix, soignant ses graves sur les entames, s'autorisant occasionnellement à gueuler comme jamais il ne le ferait en français. Et il y a toujours un moment où il sifflote aussi. Cette fois, c'est sur l'intro de "Rearview mirrors", un morceau remarquable par la guitare distordue vrombissante sur le refrain, et sur le solo final.
Pour être bien complet, de bonnes ballades. À la manière des groupes de hard rock des années 80, qui n'avaient pas leurs pareils pour les slows langoureux.
Je trouve juste dommage que "Homecoming king" et ses chœurs sirupeux arrivent dès la 3e piste, brisant prématurément une dynamique rock bien engagée.
À l'exception d'un petit poème écrit et dit par l'actrice Marina Hands (inclus dans "Jericho", morceau un peu plus pop que le reste), les textes sont tous de la main de Yannick, qui s'est même permis le petit jeu de mots « dark side of the mood » ("The morning after").
Avec tout ça, si vous n'avez pas encore compris à quel point c'est bon, relisez cette chronique, parce que je ne vais pas vous la refaire.
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"Ave Satan" s'éternise (si j'ose dire) sans doute un peu trop, d'autant que le texte est court, mais comme ça sent bon le pogo on leur pardonne amen (si j'ose dire, derechef). Un conseil : Ne mettez pas le son trop fort dès le début, parce que… vous allez certainement pousser le volume en cours de route !
Deux pistes ("Teenage wheels" et "The morning after") ont tout dit avant 3 minutes. Fermez le ban de cet album déjà bien dense. -
River of lies
Ave Satan
Rearview mirrors -
Teenage wheels
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La phrase
« Guess you were not meant for this world » ("Rearview mirrors")
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euxwww.animaltriste.com (135 Visites)
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…Et maintenant, écoutez !
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Créé le14 avril 2025
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