Daran - Grand hôtel apocalypse
Dormir dehors ou à l'hôtel ?
Je ne vais pas le cacher, Daran est mon chanteur préféré depuis longtemps. Donc chaque nouvel album de lui est pour moi à la fois un plaisir et une appréhension. Plaisir de le retrouver, appréhension de la déception. J'avais décrit comment et pourquoi la déception avait largement dominé le plaisir sur le précédent, et il date d'il y a 7 ans déjà. Je ne saurais pourtant dire si cet éloignement dédouble ces deux sentiments ou s'il les amoindrit.
Sur la pochette, Daran enfant. Au verso, Daran maintenant, dans la même pose. On pourrait jouer aux 7 différences. La guitare a remplacé le pistolet. Tant mieux. « This machine kills fascists », avait écrit Woody Guthrie sur la sienne.
À l'intérieur, pas de grosse surprise, on retrouve le style Daran, un rock français qu'on connaît maintenant très bien, mais avec tout de même quelques caractéristiques propres à cet album :
1) fait tout seul, à l'exception de la batterie. Et des textes bien sûr. Aussi le "power trio" voulu par Daran n'est-il pas tant un basse-guitare-batterie... qu'un chanteur-auteur-batteur !
2) textes écrits par PYL, génial faiseur de liens entres les mots, mais cette fois d'après les musiques. Jusque là il les écrivait "à vide", ce qui obligeait Daran à composer avec, à torturer la métrique, voire la rime, pour faire coller le phrasé à sa musique. Pas de ça ici. Ce changement (involontaire) de méthode est donc plutôt heureux.
3) mot d'ordre de Daran, son auto-contrainte : "no pedal". À part pour la grosse caisse et la charleston j'espère (ha ha).
Pour ce qui est du chant, dans les années 90, j'avais coutume d'affirmer : « Daran, c'est un mec, quand il gueule, c'est beau ! » Parce qu'il le faisait à bon escient et avec parcimonie. C'est peut-être moins le cas sur cet album ("Choisis", "Je voulais te dire"). Sa voix n'a pourtant pas bougé mais certains choix, contestables, vont sans doute m'amener à préférer quand elle se fait fluette ("En rêve").
Textuellement comme musicalement, on renoue un peu avec l'esprit pensionnat-"Y a des chaises pour s'asseoir" des débuts ("Dimanche soir"). De l'enfance à l'adulte qui prend de l'âge, en passant par l'adolescence qui le regarde ("Tu fais semblant"), le disque est globalement plongé dans les souvenirs, regrets et renoncements.
Je dois avouer que plusieurs pistes plombent un peu l'album malheureusement, comme le jerk "Hôtel apocalypse" où rien ne nous sera épargné, des tenues de voix interminables jusqu'à un ridicule « Pas de panique Monique ». Je zappe.
J'ai gardé le meilleur pour la fin : "L'humain qui gêne". Une bonne musique qui remue et un texte vraiment original. Au début, vu le titre, je croyais que ce serait une chanson sociale évoquant le facteur humain qui entrave le capitalisme. Perdu. C'est une chanson environnementale dans laquelle c'est la planète qui prend la parole ! Une très bonne idée. Pas de doute, c'est bien ce genre de chansons qui font que Daran est mon chanteur préféré depuis longtemps, je ne vais pas le cacher.
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Avant la sortie de l'album, je n'aimais guère "Ton image partout", l'estimant passée à côté de son sujet, de son titre obsessionnel. Dorénavant intégré en plein milieu du périple, succédant et précédant ces guitares nerveuses et ces riffs solides ("Je n'ai jamais vu personne", "Tu fais semblant"...), ce morceau à ambiance fait figure d'entracte salutaire.
Autre morceau à ambiance de plus de 5 minutes, sur un sujet vu et revu, mais joliment troussé, "Plus jamais nous" déploie son arpège majestueux tout du long, jusqu'à une fin qui dynamise l'affaire et la fait exploser. Du grand art. -
L'humain qui gêne
Plus jamais nous
Je n'ai jamais vu personne -
Hôtel apocalypse
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La phrase
« Tu t'es rêvé vainqueur plus malin que tout le monde » ("Tu fais semblant")
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lui
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…Et maintenant, écoutez !
- soundcloud.com/daran-official/sets/grand-hotel-apocalypse (134 Visites)
- www.deezer.com/fr/album/615787272 (162 Visites)
- open.spotify.com/intl-fr/album/12o4hys6Y0KVnv7OPy9oCM (136 Visites)
- www.youtube.com/playlist?list=OLAK5uy_k5nGzWTqWFSKp7ZCfZ2hsOysBc953dgSE (144 Visites)
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Créé le25 janvier 2025
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